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De Ntambuka à Rubenga : l’exploitation du sable détruit en douceur l’île d’Idjwi

La destruction systématique de l’environnement, des infrastructures et de l’écosystème écologique du territoire d’Idjwi au Sud-Kivu se fait sentir de jour en jour, alertent plusieurs activistes de la société civile.

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Par LPA-OP

10 novembre 2024 • visibility 11915 vues

De Ntambuka à Rubenga : l’exploitation du sable détruit en douceur l’île d’Idjwi

La destruction systématique de l’environnement, des infrastructures et de l’écosystème écologique du territoire d’Idjwi au Sud-Kivu se fait sentir de jour en jour, alertent plusieurs activistes de la société civile.

Pas plus tard que ce vendredi 08 novembre 2024, la société civile du groupement Mpene en chefferie Ntambuka alerte les autorités locales et provinciales sur la destruction des infrastructures communautaires à cause de l’exploitation du sable.

Le pont Kisheke reliant les chefferies Rubenga et Ntambuka risque de s’écrouler suite à l’exploitation de cette catégorie des matériaux de construction aux alentours de cette infrastructure d’intérêt commun, s’inquiète Amos Buyeye, président de la société civile Forces vives du gouvernement Mpene.

« Nous informons les autorités que le pont Kisheke reliant les chefferies Ntambuka et Rubenga est dans un état critique et risque de s’effondrer à cause de l’exploitation abusive du sable dans ses environs. Ce pont acquis grâce aux efforts de l’association ADEKIL est aujourd’hui menacé par certains particuliers à la recherche de leurs intérêts égoïstes. Nous appelons les autorités à intervenir urgemment pour sauver cette infrastructure communautaire », explique Amos Buyeye.

Sommes-nous dans une jungle ?

Des personnes s’improvisent et commencent l’exploitation dans tous les coins du territoire d’Idjwi. Cela provoque la destruction des infrastructures routières, les champs des populations détruits par des glissements de terrain et des érosions, la biodiversité aussi en paye le prix, tout ceci au vu des services techniques attitrés et des autorités politiques locales.

Le Méli-mélo de l’administration du territoire

Pour tenter de sauver ce qui peut encore l’être, l’administrateur de territoire d’Idjwi a pris une décision en date du 16 mai 2024, pour tenter de stopper cette destruction de la « case commune ».

Dans la décision, Mamboleo Moustapha explique qu’une désorganisation est constatée dans ce secteur, la dégradation des terres arables ainsi que les infrastructures routières sur toute l’étendue du territoire insulaire d’Idjwi suite à cette exploitation.

L’administrateur note aussi que les exploitants ne respectent pas les textes légaux qui régissent ce secteur et que les carrières non appropriées sont touchées, provoquant ainsi des éboulements intempestifs de terres d’une part et l’infertilité du sol d’autre part.

Une décision saluée par la majorité de la population, qui s’attend finalement aux avantages liés à leur première ressource naturelle exploitée depuis plusieurs décennies et à sa bonne réglementation.

Lire aussi: lapresseafricaine.net/article/urgent-suspension-de-l-exploitation-transport-et-vente-de-sable-a-idjwi/315

Malheur et joie d’une courte durée

Quelques jours plus tard et après une surprise désagréable pour tous, l’autorité territoriale revient sur sa décision.

Mamboleo Mustapha motive sa nouvelle mesure sur les affirmations des exploitants lors du conseil de sécurité du territoire élargi tenu le 28 mai 2024 et dont les exploitants (membres d’une association dénommée ATFMC) promettent de suivre les exigences de la loi en la matière.

Moustapha Mamboleo donne aussi un délai de 60 jours aux exploitants pour se conformer aux exigences du Code minier de la RDC.

Lors de la réouverture des activités, l’autorité promet de lister tous les sites exploitables, les exploitants, les creuseurs, etc. Chose non réalisée jusqu’à présent.

Le SAEMAPE crie à une violation manifeste de la loi.

Ce service chargé de l’assistance et encadrement des creuseurs artisanaux en territoire d’Idjwi est dès lors à couteau tiré avec les membres de l’association ATFMC.

Son chef de bureau, Steve Chajingi, dénonce des menaces de mort contre sa personne et les agents de son service sur terrain, mais aussi l’exploitation illicite des carrières en solo par cette association.

Dans une lettre du 22 août 2024 adressée à son chef du niveau provincial avec copie aux autorités de la province du Sud-Kivu et celles du territoire d’Idjwi, Steve Kasagwe Chajingi parle de la fourberie développée par l’Association de Transports, Amateurs et Fournisseurs des Matériaux de Construction (ATFMC) dans le secteur des matériaux de construction à Idjwi.

Le chef de bureau du SAEMAPE Idjwi motive sa correspondance par l’article 5 du code minier qui autorise seules les coopératives minières agréées dans l’exploitation des substances minérales. Il fait aussi référence aux articles 14, 232 et 416 du règlement minier en vigueur.

Réagissant à l’alerte de la société civile du groupement Mpene, Olivier Mayanga, président de l’ATFMC, se décharge de toute responsabilité. « Nous ne sommes pas exploitants, plutôt les armateurs. » Fin de citation.

Qui portera alors la responsabilité de la destruction de l’île d’Idjwi ?

L’État congolais à travers ses ministères sectoriels, l’administration du territoire d’Idjwi et ses services techniques sont priés d’apporter des solutions aux besoins prioritaires de la population locale et d’arrêter des mesures pour vivre dans un environnement sain et stable. Le sable qui est la première ressource d’Idjwi devrait contribuer à l’émergence de l’île pour les générations actuelles et futures. Le contraire est un « génocide » qui ne dit pas son nom, affirme un autre analyste.

L’élite intellectuelle, les acteurs de la société civile, les politiques, les autorités coutumières et toute la population devraient réfléchir à cette situation qui à petit feu pousse l’île d’Idjwi à la disparition.

Entre temps, Amos Buyeye cite d’autres infrastructures comme les ponts Chibalanganano, Mwiri, Karhulo et Kishasha qui restent menacés par l’opération de l’extraction du sable.

 

Richelieu BYAMANA – LPA Sud-Kivu

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