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lpa | 21 mai 2026 | 560 vues

À Idjwi, la femme est active mais écartée des postes de décision

Dans le territoire insulaire d'Idjwi au Sud-Kivu, la femme est active dans plusieurs secteurs de la vie courante où elle joue un rôle capital pour le bien-être familial et social, mais écartée des postes de prise de décision depuis des décennies. 

Une réalité loin de références juridiques

Alors que la constitution de la République démocratique du Congo en ses articles 12 et 14 garantit l'égalité entre les hommes et les femmes, la parité et l'égalité de chances, la réalité est tout à fait autre sur le terrain. 

Malgré l'existence de loi n°15/013 du 1er août 2015 portant modalités d'application des droits de la femme et de la parité, le protocole de la charte africaine des droits de l'homme et des peuples relatifs aux droits des femmes, la convention sur l'élimination de toutes les discriminations à l'endroit de la femme, le protocole d'accord de la SADC sur le genre et le développement, la résolution 1325 des Nations Unies et bien d'autres, l'accès de la femme aux postes de responsabilité reste très limité. 

Dans la chefferie Rubenga, qui comprend 33 villages et 3 groupements, une seule femme est cheffe de village. Du côté de la chefferie Ntambuka aussi, avec 3 groupements et 50 villages, seules deux femmes sont cheffes des villages.

Une situation dénoncée par plusieurs activistes de droits humains et défenseurs de droits de la femme qui veulent voir les obstacles être écartées contre le leadership féminin. 

Des embûches contre la promotion de la femme 

Habimana Lwagera, l'un de défenseurs de droits humains cite le système patriarcat, l'exclusion économique et le poids de la coutume comme barrière principale. 

« La société d’Idjwi reste largement organisée autour du patriarcat, où l’autorité est traditionnellement réservée aux hommes. Le pouvoir coutumier est perçu comme un héritage masculin. Deuxièmement, depuis l’enfance, les filles et les garçons ne reçoivent pas la même éducation. Les garçons sont préparés à diriger et les filles sont orientées vers les tâches domestiques. Cela limite la confiance et l’ambition politique des femmes. 

Mais aussi les structures traditionnelles privilégient la succession masculine dans la chefferie. Une femme cheffe est parfois vue comme une “anomalie sociale”. L'autre grand problème c'est l'exclusion économique. Les femmes ont souvent moins d’accès à la terre, moins de ressources financières or, le pouvoir local exige des moyens économiques et du réseau social », dit-il. 

Le 10 mai 2026, Espérance M'madali, la seule cheffe de village en chefferie Rubenga, a accordé une interview au reporter de La Presse africaine pour parler de sa gouvernance ainsi que les droits des femmes. 

Elle est à la tête du village Kagushu depuis 2015 et aujourd'hui sa gestion est de plus en plus appréciée par ses sujets. Elle affirme que les sondages, consultations avec les notables et autres couches du village pour récolter leurs avis councuris à la nomination d'une femme comme "cheffe de village ".

« Depuis ma nomination en tant que cheffe de village, notre gouvernance avec la population est centrée sur l'union, la concertation et la planification commune. Lors de rencontres avec les autres chefs des villages, je me sens seule car sur 33 chefs, je suis l'unique femme et ma proposition passe difficilement pendant des réunions. Une décision adoptée par 32 chefs, même si je donne un point de vue contraire, c'est compliqué que ça passe. Je souhaite que la chefferie nomme d'autres femmes afin que notre voix soit plus forte au sein de l'administration locale », plaide-t-elle.

Elie Mitaniko, assistant du chef de chefferie Rubenga, déclare pour sa part que la chefferie est favorable à la promotion de la femme dans les instances de prise de décision. Mais il rappelle que c'est au niveau de familles régnantes et les notables des villages où réside le blocage car ils influencent la désignation du chef de village étant donné que le pouvoir coutumier va du "père au fils ".

Il ajoute que les notables du village proposent le nom de celui qui devra être désigné comme chef. S'il s'agit d'une femme, il faut qu'elle soit mariée légalement, qu'elle réside dans le même village et que son mari l'approuve avant de passer à la signature du procès-verbal de désignation à soumettre au chef de chefferie. 

Une procédure longue et complexe étant donné que les femmes ont un soutien très limité de la part des hommes quand il s'agit du pouvoir et positionnement social, regrette un défenseur des droits humains. 

Nsimire Namwana et Zahifa Marie-Claire, soutiennent le leadership féminin et la nomination des femmes dans les instances de prise de décision car elles sont non seulement compétentes et jouissent des mêmes droits que les hommes.

« Par rapport au changement positif observable dans le village Kagushu depuis la nomination de la femme, nous appelons les autorités de notre chefferie à nommer d'autres femmes dans les postes de décision pour que nous ayons 30 ou 40% et amorcer un vrai challenge de gouvernance entre les hommes et les femmes. Dans notre société on pense toujours que la femme est faible et ne peux pas diriger alors qu'on ne la donne pas cette opportunité. »

Ceci ne reste pas sans conséquence, notamment

Le sous-développement local, les besoins spécifiques des femmes ne sont pas pris en compte. L'injustice sociale avec les violations du principe d’égalité et de justice, la reproduction des inégalités sur les jeunes filles qui n’ont pas de modèles féminins ainsi que la faible gouvernance inclusive, fustige Habimana Lwagera. 

Des pistes de solutions sont proposées par des membres de la communauté, leaders et la société civile pour sortir de ce statuquo et remettre le territoire d'Idjwi sur le rail de la promotion des droits de la femme. 

Il s'agit de :

1.    Renforcement de l’éducation et du leadership féminin : Former les femmes en politique, gouvernance et Encourage la scolarisation des filles,

2.    Réforme du système coutumier, Intégrer les femmes dans les structures traditionnelles, sensibiliser les chefs coutumiers, 

3.    Application stricte des lois : mettre en place des quotas obligatoires et élaguer toute forme de discriminations,

4. Autonomisation économique de la femme : accès au crédit et à la terre, soutien aux activités génératrices de revenus,

5.    Sensibilisation communautaire : changer les mentalités, impliquer les hommes dans la promotion du principe de l’égalité.

 

Richelieu Byamana - LPA Sud-Kivu



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