À Idjwi, la femme est active mais écartée des postes de décision
Dans le territoire insulaire d'Idjwi au Sud-Kivu, la
femme est active dans plusieurs secteurs de la vie courante où elle joue un
rôle capital pour le bien-être familial et social, mais écartée des postes de
prise de décision depuis des décennies.
Une réalité loin de références juridiques
Alors que la constitution de la
République démocratique du Congo en ses articles 12 et 14 garantit l'égalité entre les hommes et les femmes, la parité et l'égalité de chances, la
réalité est tout à fait autre sur le terrain.
Malgré
l'existence de loi n°15/013 du 1er août 2015 portant modalités d'application
des droits de la femme et de la parité, le protocole de la charte africaine des
droits de l'homme et des peuples relatifs aux droits des femmes, la convention
sur l'élimination de toutes les discriminations à l'endroit de la femme, le
protocole d'accord de la SADC sur le genre et le développement, la résolution
1325 des Nations Unies et bien d'autres, l'accès de la femme aux postes de
responsabilité reste très limité.
Dans la
chefferie Rubenga, qui comprend 33 villages et 3 groupements, une seule femme
est cheffe de village. Du côté de la chefferie Ntambuka aussi, avec 3
groupements et 50 villages, seules deux femmes sont cheffes des villages.
Une
situation dénoncée par plusieurs activistes de droits humains et défenseurs de
droits de la femme qui veulent voir les obstacles être écartées contre le
leadership féminin.
Des embûches contre la
promotion de la femme
Habimana
Lwagera, l'un de défenseurs de droits humains cite le système patriarcat,
l'exclusion économique et le poids de la coutume comme barrière principale.
« La société d’Idjwi reste largement organisée
autour du patriarcat, où l’autorité est traditionnellement réservée aux hommes.
Le pouvoir coutumier est perçu comme un héritage masculin. Deuxièmement, depuis
l’enfance, les filles et les garçons ne reçoivent pas la même éducation. Les
garçons sont préparés à diriger et les filles sont orientées vers les tâches
domestiques. Cela limite la confiance et l’ambition politique des femmes.
Mais aussi les structures traditionnelles privilégient la
succession masculine dans la chefferie. Une femme cheffe est parfois vue comme
une “anomalie sociale”. L'autre grand problème c'est l'exclusion économique.
Les femmes ont souvent moins d’accès à la terre, moins de ressources
financières or, le pouvoir local exige des moyens économiques et du réseau
social », dit-il.
Le 10 mai 2026, Espérance M'madali, la seule cheffe de
village en chefferie Rubenga, a accordé une interview au reporter de La Presse
africaine pour parler de sa gouvernance ainsi que les droits des femmes.
Elle
est à la tête du village Kagushu depuis 2015 et aujourd'hui sa gestion est de
plus en plus appréciée par ses sujets. Elle affirme que les sondages,
consultations avec les notables et autres couches du village pour récolter
leurs avis councuris à la nomination d'une femme comme "cheffe de village
".
« Depuis ma
nomination en tant que cheffe de village, notre gouvernance avec la population
est centrée sur l'union, la concertation et la planification commune. Lors de
rencontres avec les autres chefs des villages, je me sens seule car sur 33
chefs, je suis l'unique femme et ma proposition passe difficilement pendant des
réunions. Une décision adoptée par 32 chefs, même si je donne un point de vue
contraire, c'est compliqué que ça passe. Je souhaite que la chefferie nomme
d'autres femmes afin que notre voix soit plus forte au sein de l'administration
locale », plaide-t-elle.
Elie
Mitaniko, assistant du chef de chefferie Rubenga, déclare pour sa part que la
chefferie est favorable à la promotion de la femme dans les instances de prise
de décision. Mais il rappelle que c'est au niveau de familles régnantes et les
notables des villages où réside le blocage car ils influencent la désignation
du chef de village étant donné que le pouvoir coutumier va du "père au fils
".
Il
ajoute que les notables du village proposent le nom de celui qui devra être
désigné comme chef. S'il s'agit d'une femme, il faut qu'elle soit mariée
légalement, qu'elle réside dans le même village et que son mari l'approuve
avant de passer à la signature du procès-verbal de désignation à soumettre au
chef de chefferie.
Une
procédure longue et complexe étant donné que les femmes ont un soutien très
limité de la part des hommes quand il s'agit du pouvoir et positionnement
social, regrette un défenseur des droits humains.
Nsimire
Namwana et Zahifa Marie-Claire, soutiennent le leadership féminin et la
nomination des femmes dans les instances de prise de décision car elles sont
non seulement compétentes et jouissent des mêmes droits que les hommes.
« Par rapport au changement positif observable
dans le village Kagushu depuis la nomination de la femme, nous appelons les
autorités de notre chefferie à nommer d'autres femmes dans les postes de
décision pour que nous ayons 30 ou 40% et amorcer un vrai challenge de
gouvernance entre les hommes et les femmes. Dans notre société on pense
toujours que la femme est faible et ne peux pas diriger alors qu'on ne la donne
pas cette opportunité. »
Ceci ne reste pas sans
conséquence, notamment
Le
sous-développement local, les besoins spécifiques des femmes ne sont pas pris
en compte. L'injustice sociale avec les violations du principe d’égalité et de
justice, la reproduction des inégalités sur les jeunes filles qui n’ont pas de
modèles féminins ainsi que la faible gouvernance inclusive, fustige Habimana
Lwagera.
Des pistes de solutions sont proposées par des membres de
la communauté, leaders et la société civile pour sortir de ce statuquo et
remettre le territoire d'Idjwi sur le rail de la promotion des droits de la
femme.
Il
s'agit de :
1. Renforcement de l’éducation et du leadership féminin : Former les femmes en
politique, gouvernance et Encourage la scolarisation des filles,
2.
Réforme du système coutumier, Intégrer
les femmes dans les structures traditionnelles, sensibiliser les chefs
coutumiers,
3.
Application stricte des lois : mettre en
place des quotas obligatoires et élaguer toute forme de discriminations,
4. Autonomisation économique de la femme : accès
au crédit et à la terre, soutien aux activités génératrices de revenus,
5.
Sensibilisation communautaire : changer les
mentalités, impliquer les hommes dans la promotion du principe de l’égalité.
Richelieu Byamana - LPA Sud-Kivu
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