Uvira : la situation humanitaire reste alarmante pour les populations retournées et les familles d’accueil
La situation humanitaire dans le territoire et la ville d’Uvira demeure extrêmement préoccupante, en particulier pour les populations retournées dans le groupement d’Itara Luvungi, en plaine de la Ruzizi.
Depuis le mois de janvier dernier, plusieurs familles déplacées ont commencé à regagner leurs milieux d’origine. Mais leur retour s’effectue dans des conditions dramatiques, marquées par des pertes matérielles considérables et une grande précarité.
À leur arrivée, de nombreuses familles ont retrouvé leurs maisons pillées, leurs champs ravagés et leur bétail volé. Les dégâts, causés par l’insécurité persistante dans la zone, ont laissé ces ménages sans ressources ni moyens de subsistance.
La majorité des retournés contactés par notre reporter affirment devoir « recommencer leur vie à zéro ».
« Depuis notre retour, nous avons constaté que tous nos biens ont été pillés. Nous souffrons énormément. Nous ne savons pas comment scolariser nos enfants ni comment payer les frais médicaux », témoigne une femme retournée rencontrée à Luvungi.
Dans cette région essentiellement agricole, la destruction des champs et la perte des moyens de production aggravent l’insécurité alimentaire.
Les agriculteurs manquent cruellement de semences, d’outils aratoires et de ressources financières pour relancer leurs activités.
Les habitants de Luvungi décrivent aujourd’hui une vie extrêmement difficile, aggravée par la coupure de certaines voies de transport.
Cette situation réduit considérablement les échanges commerciaux entre Uvira, le Burundi et la plaine de la Ruzizi, affectant ainsi l’économie locale déjà fragilisée.
Dans la ville d’Uvira, les agriculteurs et agricultrices déplorent également la détérioration des cultures par les bétails errants et les actes de pillage. À ces difficultés s’ajoutent les effets du changement climatique, qui accentuent la baisse des rendements agricoles.
« Nous recommençons à zéro. La famine risque de nous tuer. Le changement climatique a détérioré nos cultures : les arachides, le maïs, les haricots. Même les arbres se sont desséchés », confie un agriculteur.
Pour Marie-Jeanne Ntakobanjira, coordinatrice de l’organisation Femmes pour la Paix et le Développement Durable à Uvira, la situation est critique des deux côtés, d'abord pour les populations restées sur place mais aussi pour les retournés.
« Si les populations restées sur place ont été pillées et vivent dans la difficulté, imaginez la situation des retournés qui n’ont rien retrouvé. Ils doivent tout recommencer à zéro », souligne-t-elle.
Face à cette urgence, elle appelle les organisations humanitaires à intervenir rapidement et efficacement après une évaluation approfondie des besoins. Les priorités identifiées incluent notamment :
Une assistance alimentaire d’urgence ; l’accès aux soins de santé ; l’appui en intrants agricoles (semences) ; la fourniture d’outils de travail pour relancer les activités agricoles.
Elle alerte également sur la situation des familles d’accueil dans la ville d’Uvira, qui peinent à subvenir aux besoins supplémentaires générés par l’arrivée des retournés.
Sans une réponse humanitaire rapide et coordonnée, préviennent les acteurs locaux, la crise pourrait s’aggraver davantage, exposant des milliers de familles à une insécurité alimentaire accrue et à une vulnérabilité prolongée.
Article rédigé dans le cadre du projet HABARI ZA MAHALI financé par la Benevolencija Grands Lacs et exécuté à Uvira par le Consortium UNPC, COMEL-RDC et UFMP.
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