Lac Kivu : cette maman qui nourrit ses enfants et qui fait payer ce qu'elle donne (Éditorial)
Le lac Kivu, cette grande opportunité pour des milliers de populations du Sud et du Nord-Kivu sur le plan alimentaire, économique, touristique et culturel, reste tout de même un danger pour les populations riveraines.
Les populations des
territoires de Kalehe, Kabare et Idjwi pour le compte de la province du Sud-Kivu
ont le lac Kivu comme « un passage obligatoire » pour la survie.
Avec la dégradation de
la route nationale numéro 2 reliant les villes de Goma et Bukavu en passant par
Kabare, Kalehe et Masisi, d'autres populations ont aussi pris le courage malgré
elles de traverser au quotidien le lac pour différents objectifs.
Ce lac est bénéfique,
mais parfois il fait payer ce qu'il donne
Les activités
économiques sont possibles entre les villes et entre territoires grâce aux
pirogues motorisées et bateaux qui font des navettes chaque jour sur le lac
Kivu. Ces activités facilitent la vie entre communautés de Kalehe,
Kabare, Idjwi, Goma et Bukavu.
Pour ce qui concerne
Idjw et Kalehe, hormis les mouvements économiques, le lac Kivu est un essentiel
nourricier des populations et facilite les familles pour les cérémonies
traditionnelles et culturelles.
Des pêcheurs avec leurs
engins facilitent à la population l'accès aux produits halieutiques du lundi au
dimanche pour se nourrir et limiter les problèmes d'insécurité alimentaire.
D'autres observateurs, 7 sur 10 habitants d'Idjwi consomment chaque jour dans
leurs repas du limnothrissa miodon, petit poisson répandu dans le lac Kivu,
communément appelé « sambaza ».
Malheureusement, des
morts sont comptabilisés en famille
Des centaines de morts
se comptent en famille suite aux naufrages et noyades dans le lac Kivu avec des
milliers d'orphelins dans des villages.
De 2024 à 2026, des
centaines de citoyens ont perdu la vie, arrachés brusquement par naufrage dans
le lac Kivu.
Quelques faits sont
extrêmement alarmants
En date du 3 octobre
2024, le bateau Merdi avait provoqué la mort de plus de 300 personnes en provenance
de Minova (territoire de Kalehe) pour le marché de Kituku (ville de Goma).
Vers le 16 novembre
2024, deux mamans et un bébé avaient été arrachés de leurs familles par noyade
dans une frêle pirogue à Cikoma, village Mafula dans le territoire d'Idjwi.
Toujours à Idjwi, le 29
juillet 2025, deux jeunes fils d'une même famille étaient retrouvés morts après
noyade dans une pirogue en partance de Lomera (territoire de Kabare) pour la
vente de cannes à sucre. Ces deux jeunes du village Buhoro 1 dans le groupement
Mpene étaient morts entre Kasihe et Muhembe sur le lac Kivu.
Le 1ᵉʳ mai 2025, deux
autres jeunes du village Nkola en direction du marché principal de Kishenyi
dans le territoire d'Idjwi, avaient perdu la vie dans le chavirement de leur
pirogue sur ce lac.
En novembre 2025, le 11,
un boat en provenance de Kibuye au Rwanda, avait chaviré vers Mulungu dans le
groupement Kihumba avec à son bord un lot important de matériaux de
construction et autres divers appartenant à Jhon Balimaza, opérateur économique
basé dans la chefferie Rubenga. Ici, 400 sacs de ciment, 50 kg de clous et 32
caisses de boissons étaient engloutis dans les eaux du lac Kivu.
Avant la fin de cette
année, soit le 1ᵉʳ décembre 2025, un autre chavirement de bateau près du village Lweza à Idjwi avait coûté la vie à 10 personnes. Cette embarcation avec
16 personnes et les membres d'équipage sortait du site de Prolasa de Kalenge
pour Bukinanyana afin d'exercer les travaux journaliers.
Les mêmes faits
rebondissent
En date du 7 avril 2026,
un nouveau drame a secoué le village Kabulu 1 dans le territoire de Kalehe. Ici,
une pirogue motorisée de retour du marché de Kishenyi-Sakiro dans le territoire
d'Idjwi pour Makengere a chaviré et plus de 21 personnes ont perdu la vie, dont
14 femmes.
Dans le rapport
circonstancié de Habamungu Mulera, chef de cette entité, 33 autres ont été
sauvées, dont 10 admis dans des structures médicales pour les soins.
Que faire pour limiter
ces incidents ?
Malgré que le lac Kivu
soit le passage obligé pour des milliers de riverains, il est crucial de
prendre des mesures pour prévenir les morts et les pertes des biens matériels
dans le lac Kivu.
Le contrôle technique
annuel de chaque engin motorisé, l'obligation pour les armateurs de boats de se
procurer des moteurs de 40 à 50 chevaux, ainsi que la formation et le recyclage
des conducteurs, sont d'une importance considérable.
Le port obligatoire de
bouées de sauvetage par chaque passager et sans complaisance est capital pour
préserver les vies humaines.
En outre, les services
techniques devraient réfléchir au mécanisme d'alerte et à la dotation des
appareils météorologiques adaptés au contexte, ce qui serait utile pour suivre
au quotidien le mouvement du lac.
La vie humaine est
sacrée, dit-on.
Richelieu Byamana – LPA
Sud-Kivu
Le lac Kivu constitue, pour les populations de Kalehe, de Kabare et d’Idjwi, une ressource stratégique, à la fois vitale et porteuse de risques. Il garantit l’accès à l’eau, contribue à la sécurité alimentaire et une source des revenus grâce à la pêche. Pour les insulaires d’Idjwi, le lac kivu représente également la principale connexion avec le reste du monde. Étant donné que les routes vers Goma et Bukavu sont impraticables, le transport maritime demeure indispensable pour l’acheminement des personnes et des biens, qu’il s’agisse de vivres ou de biens non alimentaires. Toutefois, cette dépendance expose la population à un danger réel pouvant entraîner des accidents, des pertes en vies humaines et des dommages matériels en cas d’incidents de navigation et de conditions environnementales défavorables. Afin de réduire la vulnérabilité et de renforcer la résilience des riverains, il est essentiel de réglementer toutes les embarcations, d’assurer régulièrement le contrôle technique de tous les équipements et de mettre en place un calendrier permanent d’inspections dans l’ensemble des ports.