À Idjwi, l'exploitation abusive du sable « ruine » les infrastructures et détruit l'environnement
L'exploitation du sable dans le territoire d'Idjwi est décriée par des acteurs de la société civile comme source de destruction de l'environnement, dégradation du sol, effondrement des ponts et érosions dans les champs des paysans.
La société civile du groupement Mpene en chefferie Ntambuka, alerte de nouveau les autorités sur l'exploitation abusive de ces matériaux de construction qui expose la route reliant les villages de la chefferie Ntambuka.
Amos Buyeye, président de cette structure citoyenne lance cette alerte lors d'une interview accordée à lapresseafricaine.net ce 28 avril 2026.
La société civile regrette de constater que les exploitants du sable envahissent la route dans les villages Chasi et Chamahiri, une route importante pour le déplacement des populations locales et d'autres prennent cette déviation afin d'atteindre les groupements Mugote et Bugarula pendant la tombée des pluies.
Cette structure citoyenne invite les autorités à intervenir dans l'urgence et à stopper cette destruction des infrastructures communautaires.
« Cette exploitation du sable met en danger la route reliant le village Chasi au groupement Mugote. Les exploitants sont déjà à 3 mètres de la route où déjà il y a glissement de terre. Nous prions aux autorités de prendre des mesures qui s'imposent car dans quelques semaines la route sera coupée. Il est important de pallier à cette problématique car il est inadmissible que l'environnement soit envahi et détruit jusqu'à ce niveau », regrette Amos Buyeye.
Les intérêts privés mettent en péril l'avenir de l'île
Depuis des années, le territoire d'Idjwi est connu comme le plus grand fournisseur du sable pour les villes de Bukavu et Goma où les autorités prélèvent les taxes et redevances auprès des opérateurs de ce secteur connus et identifiés les services de Mines et SAEMAPE mais Idjwi, qui est l'entité de production, n'a jamais bénéficié d'un projet ou d'une infrastructure construite dans le cadre de la rétrocession pour le développement local.
Des commerçants s'improvisent et sans aucune étude faite au préalable, exploitent du sable dans tous les coins du territoire. Cela provoque la destruction des infrastructures routières, les champs des populations détruits par les glissements de terrain et des érosions, la biodiversité ruinée sous silence des services techniques et autorités locales, dénoncent les acteurs de la société civile.
Vers le début de l'année 2021, les ponts Karhulo et Chibalanganano avaient cédé suite à l'exploitation du sable. La traversée des populations des chefferies Rubenga et Ntambuka etait devenue plus pénible sur la route principale de l'île.
En date du 16 mai 2024, pour tenter de stopper cette destruction, Mamboleo Mustapha, alors administrateur du territoire, avait pris une décision de suspendre momentanément l'exploitation du sable sur toute l'étendue du territoire d'Idjwi.
Dans ce document, il avait aussi constaté une désorganisation dans ce secteur, la dégradation des terres arables ainsi que la destruction des infrastructures routières sur l'ensemble de l'île suite ces activités.
L'autorité avait aussi pointé du doigt les exploitants qui ne respectent pas les textes légaux qui régissent ce secteur et que les carrières non appropriées sont touchées, provoquant ainsi des éboulements intempestifs de terres d'une part et l'infertilité du sol d'autre part.
Cette décision était alors saluée par la majorité de la population qui ne bénéficie rien de leur première ressource naturelle exploitée depuis des décennies sans contrepartie.
Malheureusement, la même autorité s'était rétractée
Quelques jours plus tard, l'administrateur avait décidé de rouvrir l'exploitation du sable sans aucune garantie pour la protection des infrastructures communautaires, la protection de l'environnement, moins l'engagement des exploitants à contribuer au projet de développement local.
La population attend des initiatives plus concrètes et durables car le sable qui est exploité au quotidien est l'une des sources épuisables, rappelle un autre observateur.
Richelieu Byamana - LPA Sud-Kivu
Ce qui se passe à Idjwi n’est pas une simple dérive locale : c’est l’illustration brutale d’un modèle d’exploitation non régulé qui sacrifie un territoire entier au profit de besoins urbains non maîtrisés. Aujourd’hui, l’extraction anarchique du sable ne détruit pas seulement l’environnement, elle met directement en péril les infrastructures vitales, les terres agricoles et la sécurité des communautés, avec des routes déjà menacées de disparition et des glissements de terrain en cours. Nous ne sommes plus dans l’alerte, nous sommes dans l’urgence opérationnelle. Le plus préoccupant, c’est que cette crise est connue, documentée et même partiellement reconnue par les autorités : destruction des routes, des ponts, des maisons, exploitation sans étude ni zonage, absence totale de bénéfices pour les populations locales . Autrement dit, toutes les conditions d’une crise systémique sont réunies : pression économique, vide de gouvernance, absence de redevabilité environnementale. Continuer à tolérer cela revient à organiser la disparition progressive d’Idjwi, dont le sol lui-même est littéralement exporté vers Bukavu et Goma au détriment des générations futures . Il est temps que les ONG, agences humanitaires et partenaires techniques sortent d’une logique d’observation pour entrer dans une logique d’influence et d’action coordonnée. La réponse doit être claire et collective : moratoire strict sur les sites à risque, cartographie écologique obligatoire, mécanisme de taxation locale avec rétrocession directe, et intégration urgente de cette problématique dans les priorités WASH, climat et résilience. Idjwi ne doit pas devenir un cas d’étude de l’inaction internationale, mais un exemple de redressement piloté, structuré et durable. BAHATI MPASWA Dieudonné Expert WASH bmpaswa86@gmail.com