Uvira : les femmes enceintes font face aux défis liés aux soins prénatals
Dans la plaine de la Ruzizi, à l’est de la République démocratique du Congo, la maternité reste un combat quotidien. Entre manque d’infrastructures, éloignement des structures sanitaires et violences subies, les femmes enceintes dénoncent un système de santé défaillant qui met en péril leur vie et celle de leurs enfants.
Dans les villages reculés de
la plaine de la Ruzizi, notamment à Runingu, la grossesse rime avec incertitude
et souffrance. Les témoignages recueillis ce lundi 30 mars dressent un tableau
alarmant.
« Ici à Runingu, nous souffrons beaucoup pour les soins prénatals. À
Uvira, les femmes ont accès aux soins, mais pas chez nous », confie une
habitante à notre reporter.
Le contraste entre zones
urbaines et rurales est frappant. À Uvira, les femmes enceintes bénéficient
d’un suivi médical relativement structuré : consultations régulières,
échographies, surveillance du développement du fœtus. À Runingu et dans
d’autres localités enclavées, ces services restent inexistants.
« Ici, pas d’échographie. Les dispensaires sont éloignés. Pendant neuf
mois, on souffre, et quand la situation devient grave, il faut être transportée
à moto jusqu’à Sange », poursuit-elle.
L’éloignement des structures
sanitaires constitue un facteur aggravant majeur. Certaines femmes parcourent
plusieurs dizaines de kilomètres pour atteindre un centre de santé, souvent
dans des conditions précaires.
« À cause de la distance, tu arrives fatiguée et tu accouches, mais
l’enfant ne survit pas », témoigne une autre femme.
L’absence de suivi médical
adéquat expose les femmes à des complications évitables. Dans certains centres,
les consultations se limitent à des conseils superficiels, sans examens
approfondis.
« On te renvoie à la maison sans te consulter correctement. Pourtant, la
position du bébé peut changer. Mais ici, personne ne vérifie »,
déplore-t-elle.
Du côté des autorités
sanitaires, le constat est nuancé. Le médecin-chef de zone d’Uvira reconnaît des
avancées en milieu urbain, tout en pointant les lacunes persistantes dans les
zones périphériques.
« Nous avons une densité de 344 habitants par kilomètre carré. En ville,
les structures sont accessibles. Mais dans des zones comme Kirungu ou Makobola,
les distances peuvent atteindre 40 kilomètres », explique-t-il.
Selon lui, les besoins restent
considérables, il cite la construction d’au moins cinq centres de santé, la
réhabilitation de sept structures existantes et la modernisation du centre
hospitalier de Makobola.
Au-delà des défis médicaux,
les femmes enceintes font face à des violences multiples dans les familles, les
communautés, mais aussi dans les structures de soins.
Solid Femme ASBL, à travers sa
coordinatrice Shukurani Étienne Tatiana, dénonce des pratiques inacceptables. «
Certaines femmes sont humiliées ou même battues par des soignants dans des
situations de détresse », affirme-t-elle. Elle pointe également des
discriminations dans les transports et les espaces publics. Selon elle,
certaines femmes enceintes sont contraintes de rester debout dans les bus,
absence de priorité dans les files d’attente, manque de considération générale
pour leur vulnérabilité.
Face à cette situation,
plusieurs pistes sont avancées, notamment le renforcement des campagnes de
sensibilisation communautaire, l'application stricte des lois contre les
violences basées sur le genre, la création de centres d’écoute et d’accompagnement
psychosocial, la formation du personnel médical à la prise en charge
respectueuse des patientes. Nos sources précisent également que l'implication
des organisations humanitaires est essentielle. Celles-ci sont appelées à
intégrer systématiquement la protection des femmes dans leurs programmes, qu’il
s’agisse de santé, d’éducation ou de nutrition.
Article rédigé dans le cadre
du projet HABARI ZA MAHALI financé par la Benevolencija et exécuté par le consortium
UNPC, COMEL-RDC et UFMP.
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