Uvira : la crise sécuritaire aggrave les troubles psychosociaux au sein de la population
Uvira, Sud-Kivu. Depuis le début de la crise sécuritaire et humanitaire qui secoue l’est de la République démocratique du Congo, la situation psychologique des habitants d’Uvira ne cesse de se détériorer. Les violences répétées, les déplacements de population et l’insécurité permanente ont plongé de nombreuses familles dans un état de stress et de traumatisme prolongé.
Selon
Me Gislain Barhahiga Kabamba, environ 90 % des personnes affectées par la crise
présentent des troubles psychosociaux, avec une vulnérabilité particulière chez
les personnes âgées et les enfants. « Les personnes du troisième âge sont
fortement touchées en raison de leur fragilité physique. Le stress aggrave
souvent des maladies comme l’hypertension. Quant aux enfants, ils ne sont pas
préparés à vivre dans un environnement marqué par la peur et l’instabilité »,
explique-t-il.
Une
détérioration alarmante de la santé mentale face à l’insécurité persistante
Dans
cette région du Sud-Kivu, les conséquences psychologiques de l’insécurité se
manifestent de diverses manières : anxiété chronique, troubles du sommeil,
irritabilité, isolement social et, dans certains cas, dépression sévère. Les
déplacements forcés et la perte des moyens de subsistance accentuent encore davantage
le sentiment d’incertitude et de détresse.
Le
psychologue Dr Bikolwa Elie, du centre CMF, souligne que les personnes du
troisième âge figurent parmi les plus affectées. « Beaucoup développent des
troubles anxieux, des insomnies et parfois des états dépressifs sévères. La
prise en charge nécessite un accompagnement régulier et un soutien
communautaire renforcé », précise-t-il.
Les
structures sanitaires locales ainsi que plusieurs organisations humanitaires
tentent d’apporter une réponse adaptée à cette situation alarmante. Cependant,
elles font face à d’importants défis : insuffisance de personnel spécialisé en
santé mentale, manque de ressources financières et difficultés d’accès à
certaines zones affectées par l’insécurité.
Au
sein de la communauté, la souffrance reste souvent silencieuse. Une victime
ayant requis l’anonymat témoigne : « La situation est très grave. Je n’ai
jamais vécu une telle période de peur et d’incertitude. » Ce récit illustre
l’ampleur du traumatisme vécu par une population confrontée à une crise
prolongée, où la peur est devenue un quotidien.
Face
à cette réalité, les spécialistes appellent à une mobilisation accrue des
autorités provinciales et nationales, ainsi que des partenaires internationaux,
afin de renforcer les programmes de santé mentale. Car au-delà des dégâts
matériels causés par la crise, c’est l’équilibre psychologique et social de
toute une communauté qui se trouve aujourd’hui menacé.
Article rédigé dans le cadre du projet HABARI ZA MAHALI financé par la Benevolencija et exécuté par le Consortium, UNPC, COMEL-RDC et UFMP.
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