« Trop, c'est trop » : à Uvira, la population interpelle Kinshasa face à la guerre à l'Est
La ville d'Uvira, au Sud-Kivu, a observé ce mercredi 5 Août 2026, une journée « ville morte » largement suivie par la population en signe de protestation contre la détérioration persistante de la situation sécuritaire dans les moyens et hauts plateaux d'Uvira et de Fizi.
Commerces fermés, circulation des véhicules, motos, Bajaj inexistante et activités économiques à l'arrêt ont marqué cette mobilisation, portée par la Nouvelle société civile congolaise et soutenue par différentes composantes de la population.
Pour de nombreux habitants interrogé par La Presse africaine, cette action traduit avant tout un profond ras-le-bol face aux violences qui continuent de bouleverser leur quotidien. Les affrontements répétés dans les hauts et moyens plateaux alimentent un climat d'insécurité permanent, tandis que les populations vivent dans la peur d'une nouvelle escalade du conflit.
« Nous soutenons cette ville morte à 100%. Nous souffrons énormément. Nous ne travaillons plus normalement et nous ne dormons plus tranquillement à cause des affrontements qui se poursuivent dans les hauts et moyens plateaux », témoigne Béatrice Nakashangi, habitante d'Uvira. Selon elle, les habitants de la région sont épuisés par les pertes humaines qui se multiplient. Elle appelle le gouvernement congolais et le président de la République à faire de la restauration de la paix une priorité absolue.
Pour Barika Yoshuwa, jeune activiste d'Uvira, les victimes civiles, notamment les enfants, continuent de payer le prix de la guerre. Il estime que la suspension des activités pendant une journée est un sacrifice acceptable au regard de l'urgence sécuritaire. « Même si nous vivons au taux du jour, la paix reste la priorité. S'il fallait observer une semaine entière de ville morte pour retrouver la paix, beaucoup l'accepteraient », affirme-t-il
Les organisateurs eux considèrent cette mobilisation comme un message adressé aussi bien aux autorités nationales qu'à la communauté internationale.
Selon Martin Mafikiri Mashimango, coordonnateur provincial de la NSCC Sud-Sud-Kivu, cette journée poursuivait trois objectifs principaux. Le premier consiste à demander au gouvernement central de renforcer les capacités opérationnelles des FARDC et des combattants Wazalendo en leur fournissant des équipements militaires modernes.
« Nous ne sommes plus dans les guerres des années 1990. Aujourd'hui, il s'agit d'une guerre où la technologie et les équipements modernes s'imposent sur le terrain», explique-t-il, estimant que les forces engagées sur les lignes de fronts doivent disposer des moyens adaptés pour défendre efficacement les populations.
Le deuxième objectif, poursuit-il, est de dénoncer ce qu'il qualifie de silence et l'hypocrisie de la communauté internationale face aux actions attribuées à l'armée rwandaise et au M23 malgré les différents accords de paix conclus. Il affirme qu'au cours du dernier mois, plusieurs civils ont été tués à la suite d'attaques de drones dans les moyens et hauts plateaux d'Uvira et de Fizi.
Enfin, la société civile dit vouloir mettre en garde tout élément des FARDC ou des Wazalendo qui collaborent avec les groupes ennemis au détriment de la défense nationale.
Le porte-parole des Wazalendo au Sud-Kivu, Byadunia Meschack Alexis, a également exprimé son soutien à cette journée de mobilisation. Il rappelle que les Wazalendo sont avant tout des civils ayant pris les armes pour défendre leur pays et estime que la forte adhésion de la population démontre l'ampleur des inquiétudes face au contexte sécuritaire.
Selon lui, la paralysie quasi totale de la ville témoigne d'une mobilisation exceptionnelle. « Même à midi, aucune moto ne circulait. Cela montre que la population tient à faire entendre sa voix », souligne-t-il.
Monsieur Byadunia Alexis affirme que les habitants redoutent une nouvelle avancée des rebelles, synonyme de déplacements, de pillages et d'autres exactions déjà vécues lors des précédentes occupations. Il assure toutefois que les combattants présents sur les lignes de front restent mobilisés et invite la population à ne pas céder aux campagnes de désinformation diffusées sur les réseaux sociaux.
Pascal BAHUNDE - LPA Sud-Kivu
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