Sud-Kivu : la crise sécuritaire actuelle menace la scolarisation des enfants déplacés en ville et territoire d’Uvira
De nombreux parents d’élèves déplacés éprouvent d’énormes difficultés à payer les frais scolaires de leurs enfants dans plusieurs écoles locales de Luvungi, en groupement d’Itara. Ce constat a été fait jeudi 5 mars 2026 par un journaliste de Habari za Mahali lors d’une descente sur terrain.
Selon plusieurs élèves rencontrés dans des écoles primaires et secondaires, la situation économique des familles déplacées s’est fortement dégradée à cause de l’insécurité persistante dans la région. Beaucoup de parents ne disposent plus de moyens pour payer les frais scolaires, acheter les uniformes ou encore fournir les fournitures scolaires nécessaires.
Zigashane Musimba, élève en 3ᵉ humanités pédagogiques, témoigne des difficultés auxquelles sa famille est confrontée.
« Nos parents ne vont plus aux champs à cause de l’insécurité. Il devient difficile pour eux de payer nos frais scolaires. Je n’étudie plus dans de bonnes conditions. Nous demandons aux autorités et aux organisations humanitaires de nous aider pour que nous puissions continuer nos études », explique-t-il.
Même inquiétude pour Sifa Buyugule, élève en 6ᵉ humanités pédagogiques, qui craint de ne pas pouvoir terminer ses études secondaires. « Mon père est cycliste, mais ses activités ne marchent plus comme avant à cause de cette crise. Aujourd’hui, il n’arrive plus à payer mes études. Je suis finaliste et je ne sais pas comment je vais terminer l’année scolaire. Je demande aux personnes de bonne volonté de nous venir en aide », lance-t-elle.
Dans la ville d’Uvira, plusieurs organisations alertent également sur les conséquences sociales de cette crise sur les enfants déplacés. Des femmes leaders dénoncent notamment les risques croissants de maltraitance, de violences sexuelles et de traumatismes psychologiques, particulièrement chez les enfants et les jeunes filles.
Les déplacements massifs de populations perturbent fortement l’éducation. Beaucoup d’enfants abandonnent l’école et deviennent plus vulnérables à différentes formes d’exploitation et de violence.
Selon Dilin Lulinda, chef des programmes de l’ONG Youth Repositive Help, ces déplacements ont un impact direct sur la protection de l’enfant. « L’instabilité dans les sites de déplacés et les séparations familiales augmentent les risques de violences envers les enfants », explique-t-il. Pour faire face à cette situation, il recommande plusieurs mesures, notamment : l’accès rapide à une assistance médicale ; un accompagnement psychosocial pour les enfants et leurs parents ; une assistance matérielle ou financière pour soutenir les familles ; l’implication des parents et des enseignants dans la relance de la scolarité.
Malgré les nombreuses difficultés liées au déplacement, certains parents continuent de se battre pour assurer l’éducation de leurs enfants. Mashauri Bienfait, parent originaire de Kiliba, explique qu’il a repris ses activités agricoles afin de soutenir la scolarité de ses enfants.
« J’ai deux enfants à l’école secondaire. Je me suis déplacé à cause de l’insécurité, mais je suis revenu pour reprendre mes activités champêtres afin de subvenir aux besoins de mes enfants. Cependant, je fais face à plusieurs difficultés, notamment les pluies, l’insécurité dans les champs et le manque de clients pour acheter les produits agricoles », confie-t-il.
Dans un contexte de crise prolongée à l’est de la RDC, plusieurs acteurs locaux appellent les autorités et les partenaires humanitaires à renforcer les programmes d’appui à l’éducation afin d’éviter une augmentation du nombre d’enfants déscolarisés dans la région d’Uvira.
Cet article est produit dans le cadre de la campagne Habari za Mahali, mise en œuvre par le consortium UNPC – UFMP – COMEL avec l’appui financier de La Benevolencja.
Rédaction
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