Silence des morts au PNKB : chronique d’un cri d’alarme pour les gorilles de Grauer
Dans l’Est de la République démocratique du Congo, le parc national de Kahuzi-Biega (PNKB) n’est plus seulement une merveille de biodiversité. Il devient, jour après jour, le témoin d’un effondrement silencieux. Les gorilles de Grauer, jadis les joyaux vivants de ce paysage, semblent marquer le pas vers l’invisibilité. Bonane, Mugaruka, Mpugwe : des noms qui résonnaient comme des repères, comme des piliers d’une vie en mouvement. Aujourd’hui, ils ne répondent plus à l’appel, ou du moins, leur écho se délave sous le poids d’un danger qui s’accroît sans bruit.
L’intensification des combats et l’isolement du Sud-Kivu
ont suspendu le suivi écologique. Plus de patrouilles, plus de monitoring, plus
de sécurité. Le silence s’empare des forêts du PNKB, un silence lourd,
inquiétant, qui frôle la tombée du soir sur une espèce qui ne peut plus compter
sur une présence humaine prévisible et fiable.
Dans les profondeurs du parc, des scènes, qui ne
devraient pas avoir lieu, viennent heurter l’œil et l’esprit. Des corps
d’individus qui ne sont pas des gorilles, mais des combattants, jonchent le sol
et se décomposent à ciel ouvert. Leurs dépouilles polluent l’habitat naturel,
brisant, par leur décomposition, un équilibre fragile et nourrissant la peur
d’un foyer de maladies zoonotiques. L’odeur de mort, qui s’impose, remplace
celle de la vie, et ce changement d’odeur devient, sans crier gare, une alerte.
Face à l’urgence, des voix locales tentent de porter le
message plus haut. C’est notamment l’ICOPREN-RDC et SODACO asbl qui se sont
levées pour attirer l’attention, sensibiliser les populations riveraines et
dénoncer les fléaux invisibles qui rongent le parc. Braconnage, coupe illicite
et exploitation minière. Mais leurs appels restent fragiles devant l’ampleur de
la catastrophe, fragiles sans l’appui de partenaires capables de traduire ces
cris en actions concrètes.
Cette chronique ne cherche pas seulement à décrire une détérioration ; elle s’interroge sur ce que chacun peut faire, ici et maintenant, pour inverser la tendance. Il s’agit d’un appel à l’action, d’un cri du cœur qui se transforme en démarche de solidarité et de justice pour la vie sauvage. Si les gorilles disparaissent, c’est une part de nous qui disparaît aussi ; c’est le regard du dernier primate qui deviendrait le miroir d’un échec collectif.
Chronique de Hobereau KITUMAINI – LPA Sud-Kivu
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