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lpa | 19 novembre 2025 | 1206 vues

Nomination contestée d’un chef de quartier à Uvira : entre « manœuvres » et injonctions hiérarchiques ( Enquête)

Dans un bras de fer politique qui embrase les quartiers de la ville d’Uvira, treize chefs de quartiers et des adjoints ont adressé une lettre d’indignation au maire adjoint et maire par intérim, Kifara Kapenda Kik’y, pour dénoncer ce qu’ils qualifient de « manœuvres attristantes » et de « tentatives dilatoires » visant, selon eux, à remplacer des chefs de quartiers par des personnes d’influence, au détriment des adjoints qui assurent l’intérim et « saignent en blanc » dans les entités où les titulaires sont malades ou décédés.

Au centre de la contestation : la nomination de monsieur Kaskile Binyogo, dit « Maison civile », nommé par décret urbain comme chef du quartier Mulongwe, en remplacement du feu Cléophas Mbilizi Kadegu. Les signataires, dont six chefs des quartiers à l’intérim, quatre adjoints, un titulaire et deux autres signatures mixtes, estiment que la promotion légitime aurait dû échoir à l’adjoint du défunt, qui, selon eux, « assume l’intérim et fait bien son travail ».

Dans leur lettre, les signataires ne mâchent pas les mots. Ils qualifient M. Kaskile d’« extrémiste divisionnaire tribal, sans qualité ni érudition », l’accusant d’être « un manipulateur de la rue » susceptible « d’attiser la haine et la division entre les communautés ». Ces derniers souscrivent « en faux contre toute pareille manigance » visant, disent-ils, à favoriser les membres de familles et les personnes d’influence plutôt que les adjoints en poste.

Ils réclament par ailleurs que les chefs de quartiers adjoints, dont les titulaires sont incapables de prester pendant des maladies prolongées ou sont décédés, soient gratifiés ou promus en conséquence.

Injonctions de la hiérarchie

Des documents consultés lors de l’enquête menée par LA PRESSE AFRICAINE établissent que la nomination de M. Kaskile Binyogo ne relève pas d’une décision prise uniquement par le maire a.i d’Uvira, Kifara Kapenda Kik’y. Ces documents officiels consultés par notre reporter montrent que le geste du maire intérimaire s’inscrit dans une chaîne d’injonctions remontant aux autorités provinciales.

Une lettre datée du 18 août 2025, signée par le ministre provincial de l’Intérieur (intérim), Mayani Shindano Faustin, recommande explicitement la nomination de M. Kaskile, estimant que son CV « répond au profil souhaité » pour combler le vide administratif laissé par le décès du 14 juillet 2025 de l’ancien chef de quartier. Le gouverneur du Sud-Kivu, le professeur Jean-Jacques Purusi, a ensuite, par une lettre datée du 24 octobre 2025, instruit le maire de « notifier » M. Kaskile afin d’« assurer la continuité de l’administration publique » dans le quartier Mulongwe, commune portant le même nom en ville d’Uvira.

Le maire à l’épreuve : obéissance hiérarchique ou favoritisme ?

Face à la prise de position des chefs de quartiers, une source proche du maire a.i assure à LA PRESSE AFRICAINE que la démarche des signataires vise à « déstabiliser » l’autorité urbaine en faveur d’un manipulateur sous couvert. Cela depuis février 2025, période marquée par des tensions liées aux pressions du M23 dans la province et dans la ville d’Uvira en particulier suite à la résistance de M. Kifara. Selon cette source, le maire a convoqué les signataires de cette lettre pour clarifier leurs motivations, mais ces derniers n’auraient pas manifesté la volonté de collaborer avec l’autorité urbaine, ce qui est considéré comme un manquement à l'autorité hiérarchique. 

La même source accuse les opposants de se comporter en clan tribal : « Ils ne veulent pas que le quartier Mulongwe soit dirigé par un membre d’une autre tribu (Fuliru) au détriment de leur tribu (Vira). » Elle souligne par ailleurs que, sur les 14 quartiers de la ville d’Uvira, 13 seraient déjà dirigés par des chefs issus de la tribu Vira, questionnant la cohérence des accusations portées contre le maire.

Pourtant, l’autorité urbaine, pour sa défense, s’est sentie contrainte d’obtempérer aux injonctions du ministre provincial et du gouverneur. « Voudriez-vous que le maire puisse refuser d'obéir aux ordres donnés par sa hiérarchie ? », aurait interrogé notre source pour justifier cette nomination.

Les chefs des quartiers peuvent-ils contester la décision de leur hiérarchie ?

Interrogé à ce sujet, Me Ghislain BARHAIGA KABAMBA, directeur de l’observatoire Droit, justice, gouvernance locale pour la cohésion sociale en RDC, rappelle que les chefs des quartiers sont des agents publics nommés par l’autorité hiérarchique, leurs nominations et remplacements entrent dans un cadre régi par la loi et doivent obéir à des procédures précises. Celui-ci souligne que les chefs des quartiers ne peuvent donc pas contester les nominations faites par leur haute hiérarchie car cela peut être perçu comme contrevenant au principe de l’autorité administrative.

Pour le cas d’Uvira, Me Ghislain dénonce ce qu’il qualifie des « logiques tribales et claniques » qui mettent en défi les procédures ordinaires de gestion urbaine. « Les sentiments tribaux ou claniques peuvent entraver l’évolution administrative et la bonne gouvernance locale », renchérit-il. Le juriste appelle à écarter ces facteurs pour privilégier une gestion axée sur les faits et la conformité légale. Notre source dénonce par la suite l’existence des chefs des quartiers incompétents ou mal formés, voire illettrés, qui ne parviennent pas à organiser des réunions et à restituer les informations au sein du quartier. Cela met en évidence l’importance d’un cadre de formation et d’évaluation continue des cadres de base.

 

Pascal BAHUNDE – LPA Sud-Kivu



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