Menaces présumées contre Justin Mutombo à Uvira : quand une crise de chorale déborde sur le terrain sécuritaire
Au centre de cette affaire se trouve Justin Mutombo, président de la Sous-Commission diocésaine Musique et Arts sacrés du diocèse d’Uvira.
À première vue, il ne s’agissait que d’un différend interne dans une chorale de la paroisse Cathédrale Saint Paul du Diocèse d’Uvira. Pourtant, en l’espace de quelques semaines, une crise née autour d’élections internes au sein du Chœur Triomphal de la cathédrale Saint-Paul d’Uvira a pris une ampleur inattendue, débouchant sur des accusations de complot, des messages de menace et des appels à la protection d’un responsable diocésain de premier plan.
Au
centre de cette affaire se trouve Justin Mutombo, président de la
Sous-Commission diocésaine Musique et Arts sacrés du diocèse d’Uvira. Nommé par
décret n°002/S-JMM/EU/18 du 23 mars 2018 signé par l’évêque du diocèse d’Uvira,
Monseigneur Sébastien Joseph Muyengo, il coordonne depuis plusieurs années les chorales
et activités artistiques de l’ensemble du diocèse.
Un engagement reconnu
auprès de la jeunesse
Avant
même sa nomination diocésaine, Justin Mutombo a fondé en juin 2017, le
Chœur Pilote des Petits Chanteurs d’Uvira (CPPCU), une initiative réunissant
aujourd’hui plus de 150 enfants et adolescents issus de différentes paroisses
du diocèse.
Selon
plusieurs acteurs ecclésiastiques, cette structure s’inscrit dans la vision
pastorale de l’évêque d’Uvira consistant à promouvoir l’encadrement de la
jeunesse. Une orientation souvent rappelée dans les homélies et discours
épiscopaux, où Monseigneur Muyengo souligne régulièrement que « lorsqu’un
esprit n’est pas bien occupé, il est exposé aux dérives ».
Depuis lors, le mandat de Justin Mutombo a été régulièrement reconduit lors des nominations pastorales diocésaines.
Une crise autour de sanctions disciplinaires
Selon
plusieurs sources concordantes, le conflit est né il y a quelques mois après la
suspension de certains chantres pour une durée de trois mois. Cette décision,
jugée par certains membres comme subjective, aurait accentué des clivages déjà
existants au sein de la chorale.
Face
à la détérioration du climat interne, le coordonnateur paroissial de la musique
et des arts sacrés de la cathédrale Saint-Paul, Damien Kaba, avait saisi la
coordination diocésaine.
Justin
Mutombo serait alors intervenu dans un processus de médiation qui, selon
plusieurs témoins, avait permis de ramener momentanément le calme et d’éviter
une rupture ouverte entre les différents groupes.
Les élections qui ont
ravivé les divisions
Mais
la véritable fracture est apparue lors du renouvellement du comité dirigeant du
Chœur Triomphal.
Comme
dans d’autres chorales de la paroisse, des élections ont été organisées afin de
mettre en place une nouvelle équipe dirigeante. Selon des informations
recueillies auprès de plusieurs membres de la communauté chorale, un candidat
identifié sous le nom de Camille aurait été élu à la présidence.
Cependant,
la coordination paroissiale aurait estimé que l’intéressé se trouvait dans une
situation d’empêchement au regard des règles ecclésiales relatives aux responsabilités
au sein de l’Église.
Face à cette situation, la coordination aurait envisagé une autre configuration de gouvernance. Un choriste nommé Rajabu, qui n’avait obtenu qu’un nombre limité de voix lors du scrutin, aurait alors été proposé pour assumer la présidence, assisté d’une adjointe nommée Sabine.
Cette réorganisation
n’aurait pas fait l’unanimité.
Des
membres proches du candidat initialement élu auraient rejeté cette option,
estimant qu’elle ne reflétait pas le choix exprimé lors du vote.
C’est dans ce contexte que plusieurs messages audio ont commencé à circuler sur les réseaux sociaux. Dans l’un de ces enregistrements, consulté auprès de nos sources, un intervenant identifié comme Jean-Claude Kubuye attribue la responsabilité de la crise à Justin Mutombo et à Damien Kaba respectivement coordinateur diocésain de la musique et arts sacré et coordinateur paroissiale de cette coordination. Selon ses dires dans cet extrait audio de 5 minutes et 51 secondes, ces deux responsables ecclésiastiques n’ont pas à s’interférer dans les affaires de leur chorale.
Une réunion au cœur des
soupçons
Selon plusieurs témoignages recueillis par notre rédaction, une réunion aurait été organisée au domicile d’une choriste identifiée comme Materne Kurukumbe. Cette rencontre aurait réuni plusieurs membres influents de la chorale, parmi lesquels Camille Bavure Chakanabo, Jean-Claude Muhigwa Rubayu, Jean-Marie Museni, Kameta Arsène, Trésor Selemani ainsi que d’autres participants.
Dans plusieurs audios attribués à ces derniers et qui circulent dans certains groupes sociaux, on peut attendre des gens sous les effets de l'alcool s'attaquer à la personne de Justin Mutombo qu'ils cite régulièrement et qu'ils estiment ne fait rien pour leur chorale.
Les personnes interrogées divergent cependant sur la nature exacte de cette réunion. Certaines sources la présentent comme une simple rencontre de concertation entre choristes mécontents du processus électoral. D’autres affirment qu’elle aurait servi de cadre à la préparation d’actions visant directement Justin Mutombo.
À
ce stade, aucune décision judiciaire ou administrative n’est venue établir
officiellement les responsabilités des personnes citées.
Une alerte officielle
face aux menaces
La situation a pris une dimension plus grave avec la publication de plusieurs documents de dénonciation, de soutien et de condamnation consultés par notre rédaction.
Parmi
eux figure la note circulaire n°06/CDPCU/2025 de la Coordination diocésaine des
Petits Chanteurs d’Uvira. Dans ce document, les responsables du mouvement
dénoncent ce qu’ils qualifient de complot visant à porter atteinte à
l’intégrité physique, morale et professionnelle de Justin Mutombo.
Le
texte présente ce dernier comme un acteur engagé dans la formation des
choristes, la composition de chants liturgiques, l’encadrement de la jeunesse
et diverses œuvres à caractère social et philanthropique. Les signataires
affirment également avoir pris connaissance de messages audio contenant des
menaces de mort dirigées contre lui.
Appel à l’intervention
des services compétents
Face
à ces développements, la Coordination diocésaine des Petits Chanteurs d’Uvira
appelle les services de sécurité et de renseignement à se saisir du dossier
afin de prévenir toute atteinte à la sécurité du responsable diocésain.
L’organisation
invite également les fidèles catholiques, les parents et les membres des
différentes chorales à privilégier le dialogue, l’unité et la prière.
Au-delà
du cas individuel de Justin Mutombo, cette affaire met en lumière les défis
auxquels sont confrontées certaines organisations communautaires et religieuses
lorsqu’un différend de gouvernance se transforme en confrontation personnelle.
Pour
l’heure, les autorités diocésaines n’ont pas encore rendu publique leur
position officielle sur l’ensemble des accusations et contre-accusations qui
entourent cette affaire.
Pascal
BAHUNDE – LPA Sud-Kivu
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