Kasaï – Question orale adressée au gouverneur : le RPDDH rappelle le rôle fondamental de l’organe délibérant
Dans un contexte politique sous tension au Kasaï après l'introduction à l'assemblée provinciale d'une question orale avec débat adressée au gouverneur par le député Calvin Minga, le Réseau de Protection des Défenseurs des Droits Humains (RPDDH) rappelle que la mission d'une Assemblée provinciale en République démocratique du Congo n’est pas de protéger l’exécutif, mais de le contrôler.
De
plus en plus d’observateurs dénoncent un glissement inquiétant vis-à-vis des
plusieurs réactions qui émaillent la toile depuis le dépôt de cette question à
l'assemblée provinciale : certaines assemblées provinciales semblent délaisser
leur rôle constitutionnel pour adopter une posture de défense du gouverneur.
Une dérive qui interroge sur la qualité de la gouvernance et le respect des
principes démocratiques.
Un mandat clair mais souvent négligé
La
Constitution confie à l’Assemblée provinciale une responsabilité majeure :
contrôler l’action du gouvernement provincial. Ce contrôle s’exerce notamment
par les questions orales, les interpellations, les enquêtes parlementaires ou
encore les résolutions.
Cependant,
lorsque l’organe chargé d’évaluer l’exécutif devient son protecteur, c’est tout
l’équilibre institutionnel qui vacille. L’indépendance des élus se trouve
remise en cause, tout comme la crédibilité du système provincial.
Le risque du « copinage institutionnel »
Cette
dérive s’explique parfois par la proximité politique entre certains députés et
le gouverneur, par des alliances internes ou par la recherche d’avantages
personnels.
Le
danger est manifeste : le copinage remplace la redevabilité, vidant les
mécanismes de contrôle de leur substance.
Dans
ce climat, les questions orales sont minimisées, les débats affaiblis et toute
critique de l’exécutif est perçue comme une hostilité politique plutôt que
comme un exercice démocratique normal.
Des
conséquences directes sur la gouvernance
Lorsque
l’Assemblée s’érige en rempart du gouverneur, plusieurs dérives apparaissent :
– Opacité
accrue : les dossiers sensibles ne sont plus débattus.
– Contrôle
public limité : les décisions échappent au regard critique des élus.
– Tensions
internes : les députés qui assument pleinement leur rôle deviennent des cibles.
– Méfiance
citoyenne : le public voit les institutions comme complices plutôt que garantes
de l'intérêt général.
Ce
dysfonctionnement fragilise l’État de droit et l’image même des assemblées
provinciales.
Le débat, pilier essentiel de la
démocratie
Dans
toute démocratie, contrôler l’action publique n’est pas une provocation : c’est
un devoir. Les assemblées doivent rester des espaces de débats, de transparence
et de reddition de comptes.
Renoncer
à ce rôle, c’est affaiblir la démocratie locale et laisser place aux dérives
autoritaires ou clientélistes.
Un appel à restaurer l’équilibre
institutionnel
Le
positionnement de certaines Assemblées comme « défenseurs » du gouverneur
révèle un malaise profond.
Au-delà
des rivalités politiques, c’est l’avenir de la gouvernance provinciale qui est
en jeu.
Le
RPDDH appelle à un retour urgent du contrôle parlementaire rigoureux,
indépendant et transparent, indispensable pour garantir l’équilibre des
pouvoirs et répondre aux attentes de la population tout en encourageant le
gouverneur Mukendi d'aller répondre à une série de questions lui posées par le
député Calvin Minga.
Henri
Ntambue – LPA Kasaï
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