Kabanga à Idjwi : l'appel du mwami bafoué, nouvelle victime comptée et les tensions s'aggravent
Le phénomène « Kabanga », un acte qui consiste à assassiner un humain par corde attachée au cou, se renforce alors que depuis le début de l'année 2026, soit entre janvier et début mars, 5 cas ont été répertoriés sur toute l'étendue du territoire d'Idjwi en plein milieu du lac Kivu.
Territoire
de l'est de la République démocratique du Congo, réputé calme, stable et qui
n'a jamais connu de milices armées, moins encore la confrontation armée, cette
entité de la province du Sud-Kivu fait malheureusement face à une forme
d'insécurité de plus en plus inquiétante : « Kabanga et justices
populaires ».
Le
16 janvier, un homme du nom de Ombeni Katakufa a été assassiné par des inconnus
dans le village Bwina en groupement Nyakalengwa. Ses familiers et d’autres
habitants s'étaient alors rendus à Bwina pour tenter de retrouver leur frère,
au finish c'étaient plutôt « des scènes de vengeance ». Deux maisons
étaient incendiées et deux autres détruites par ces habitants en colère.
Le
19 du même mois, un autre homme de plus de 70 ans du nom de Vincent, était
retrouvé mort dans le village Karama, toujours dans le groupement Nyakalengwa.
Le corps de celui-ci portait des traces d'étranglement au cou.
Du
côté de la chefferie Rubenga, groupement Bunyakiri, dans le village Kishumbu,
un certain Nzarubaza Kahama de près de 76 ans a subi le même sort en date du 30
janvier 2026. Assassiné, son corps était retrouvé dans la brousse et suspendu
sur un arbre avec une corde attachée au cou.
La voix du Mwami bafouée
Quelques
semaines après les événements tragiques, le mwami Ntambuka, autorité couturière de
la chefferie située au sud du territoire, avait décidé de sortir du silence et de condamner ces actes ignobles.
Dans
son message audio partagé dans les groupes WhatsApp, Ntambuka Balekage Roger, avait fermement
condamné ces actes d'assassinat. Le mwami avait fait savoir que ces pratiques
considérées comme source d'enrichissement pour certains ne sont que des « mensonges
diaboliques ». Il avait invité la population à se méfier de cette histoire
car nulle part au monde la vente de corde qui a servi à assassiner une femme ou
un homme est reconnue comme article de commerce. « Mais l'appel du mwami
n'a pas été écouté. »
Le
21 février, une jeune fille élève a été étranglée par des bandits dans le
village Mugote, groupement qui porte le même nom. Deux jours plus tard,
une population en colère s'est attaquée à deux hommes soupçonnés d'appartenir
au groupe de gang et présumés auteurs du meurtre de la fille. Des maisons et
des biens matériels incendiés pendant cette démarche et un certain
Zakariya lynché par cette foule. La tension est restée vive dans le groupement
Mugote depuis le lundi 23 février car l'homme abattu était pasteur d'une église
de la place.
Comme
si cela ne suffisait pas, une autre fille de moins de 15 ans a perdu la vie le
dimanche 1ᵉʳ mars 2026 après qu'un homme du nom de Byamungu Karuta l'a
violemment agressée. Des témoignages affirment que la victime du nom de Juliette
du village Ntalangwa, groupement Mpene, était dans leur champ à Kirheme avant
d'être agressée par cet homme. Ces mêmes sources notent que le présumé bandit
voulait la tuer en utilisant une corde et qu'il a fui
vers un autre village à cause de la clameur publique. Secouru par d'autres habitants qui l'ont acheminé à
l'hôpital. La fille est décédée en route de suite de ses blessures, selon les
mêmes sources.
Lundi
02 mars, le nommé Byamungu Karuta a été lapidé aussi par une foule en colère
vers le village Rambo. Dans une vidéo qui circule sur les réseaux sociaux, on
aperçoit des jeunes dans une brousse dans ce coin du groupement Nyakalengwa,
qui racontent comment cet homme a subi le sort du verdict populaire jusqu'à
perdre sa vie.
Les tensions sociales s'aggravent et l'urgence
s'impose pour mettre fin à cette situation
Les
défenseurs de droits humains dans le territoire d'Idjwi restent préoccupés par
cette insécurité et appellent à une prise de conscience collective afin de
juguler ces dégâts.
« Il est inadmissible de constater que jour
après jour on ramasse des corps de personnes tuées par corde et/ou la justice
populaire. Cette situation qui semble être le code d'œil pour
œil aura des conséquences graves à court, moyen et long terme, d'où la
responsabilité collective est souhaitable afin d'arrêter ce phénomène »,
conseille l'un de ces acteurs.
Des
séances d'échanges doivent être organisées au sein de la population de tout le
territoire pour décourager ceux qui tuent leurs compatriotes en cherchant la
richesse mais aussi mettre fin à la justice populaire qui est aussi un danger
social. La société civile, les autorités coutumières, les médias et les
organisations tant locales que nationales avec leurs partenaires techniques et
financiers doivent appuyer ces dialogues communautaires pour écarter le danger,
promouvoir la cohésion sociale et démonter tout le réseau criminel.
Richelieu Byamana – LPA Sud-Kivu
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