Inclusion des personnes vivant avec handicap : un défi persistant dans l’aide humanitaire à Uvira et dans la plaine de la Ruzizi
À Uvira et dans la plaine de la Ruzizi, à l’est de la République démocratique du Congo, de nombreuses organisations humanitaires interviennent pour soutenir les populations affectées par les crises sécuritaires et socio-économiques. Cependant, une question essentielle demeure : les personnes vivant avec handicap bénéficient-elles réellement d’une inclusion effective dans les mécanismes d’assistance ?
Sur le
terrain, plusieurs témoignages font état d’un sentiment d’exclusion. Une femme
vivant avec un handicap physique explique que l’aide humanitaire reste irrégulière
et peu adaptée à leurs besoins spécifiques.
« L’obstacle que nous rencontrons, nous,
personnes vivant avec handicap, c’est que nous sommes souvent délaissés. L’aide
que nous recevons, nous la prenons avec considération, mais elle n’est pas
régulière et ne répond pas à nos besoins. Nous manquons de moyens de
déplacement, certains finissent par mendier pour survivre. Nous voulons vivre
comme les autres », confie-t-elle.
Elle déplore
également les attitudes sociales discriminatoires, allant jusqu’à la
dissimulation des personnes handicapées lors de visites officielles ou
communautaires.
Pour
Mapenzi Manyebwa, acteur de la société civile, la question de l’inclusion
dépasse l’assistance matérielle et renvoie à un changement de regard sur le
handicap. Selon lui, les campagnes médiatiques et communautaires doivent
promouvoir l’idée que les personnes vivant avec handicap disposent de
compétences utiles au développement social et économique.
« Vivre avec un handicap ne signifie pas être
vulnérable. Les personnes concernées peuvent devenir entrepreneurs, dirigeants
d’organisations ou acteurs du développement. Nous devons lutter contre la
stigmatisation et promouvoir leur autonomisation économique »,
souligne-t-il.
Il estime
que la mendicité tolérée dans certaines localités renforce les stéréotypes au lieu
de favoriser l’intégration.
De son
côté, le chef des travaux Shukuru Shemitalo Leonard, analyste en sociologie,
insiste sur la nécessité d’une approche structurelle. Selon lui, l’inclusion
doit passer par : L'accessibilité des bâtiments publics, écoles et lieux de
culte, la participation active des personnes vivant avec handicap dans les
projets humanitaires, l’intégration systématique de la thématique du handicap
dans les politiques publiques.
« La société doit laisser la porte ouverte aux
personnes vivant avec handicap et adapter ses infrastructures, notamment par la
construction de rampes d’accès, l’installation d’ascenseurs et de signalétiques
en braille, l’aménagement de sanitaires adaptés, l’amélioration de
l’accessibilité des transports publics et la mise en place d’espaces sans
obstacles, afin de garantir leur participation équitable », explique-t-il.
Au-delà
de l’assistance ponctuelle, plusieurs acteurs locaux plaident pour une approche
durable basée sur : l’autonomisation économique, la formation professionnelle,
la participation aux instances communautaires et la reconnaissance des
compétences. L’inclusion effective des personnes vivant avec handicap apparaît
ainsi non seulement comme une exigence humanitaire, mais aussi comme un levier
essentiel pour renforcer la cohésion sociale et la paix durable dans la région.
Article
réalisé dans le cadre de la campagne HABARI ZA MAHALI, mise en œuvre par le
consortium UNPC – UFMP – COMEL avec l’appui financier de Labenevolenciya.
La
rédaction
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