À Uvira, un 8 Mars sous le signe du pardon et de la résilience plutôt que de la fête
Loin des défilés festifs, des chants et des danses traditionnelles qui marquaient habituellement la célébration du 8 mars, l’édition 2026 sera placée sous le signe du recueillement, de la réflexion et de la solidarité, face à la crise humanitaire qui frappe durement les femmes de la région.
Alors
que les préparatifs se poursuivent, les autorités locales ont annoncé une
orientation différente des activités prévues. Dans un entretien accordé à notre
reporter, la cheffe de division provinciale du Genre, Famille et Enfant à
Uvira, Marie Mitila Ponga, a expliqué que la situation actuelle impose un
changement de ton.
«
Les activités prévues cette année 2026 sont différentes par rapport aux autres
années. Nous avons déjà commencé les actions de sensibilisation auprès des
femmes autour de notre thème local. Nous ne nous associons ni au thème national
ni au thème international parce qu’ils ne correspondent pas à la réalité que
traverse la femme d’Uvira », a-t-elle déclaré.
Selon
elle, les activités prévues privilégieront les moments d’échanges, de prière et
de réflexion collective plutôt que les manifestations festives.
«
Pardon, réconciliation et vivre ensemble » : un thème ancré dans la réalité
locale.
Pour
cette édition, les organisateurs ont retenu un thème local qui reflète les
défis auxquels font face les femmes de la région : « Il est temps de pardonner,
de se réconcilier, de s’unir et de vivre ensemble ».
Un
choix qui traduit la volonté d’encourager la cohésion sociale dans un contexte
marqué par les déplacements de population, les violences sexuelles et les
pertes de moyens de subsistance.
« La
femme d’Uvira a de nombreuses difficultés : elle est déplacée, elle a été
violée, elle traverse divers problèmes. Les autres années, c’était la fête et
la danse. Cette fois-ci, c’est le moment de réfléchir à ce qu’elle a traversé
», souligne Marie Mitila Ponga.
« Contrairement
aux années précédentes où le noir symbolisait le deuil et la souffrance, les
femmes sont invitées à porter des jupes blanches, des foulards ou blouses de la même couleur comme signe d’aspiration à la paix et
à la réconciliation.
Malgré
les conflits et les difficultés, la journée aura lieu, non pas pour festoyer,
mais pour remercier Dieu », a-t-elle insisté.
Si les autorités locales s’organisent pour marquer la journée de manière symbolique, la réalité reste particulièrement difficile dans les sites de déplacés et les familles d’accueil où vivent de nombreuses femmes ayant fui les violences. À Kiliba, plusieurs d’entre elles ont livré des témoignages poignants sur leurs conditions de vie.
« Je
reviens du Burundi, tous mes biens ont été volés. Ma situation est précaire, je
n’ai rien pour manger ou boire. Des bienfaiteurs nous aident parfois, mais je
ne sais pas comment célébrer cette journée », confie une femme déplacée, qui
appelle à l’aide pour obtenir de la nourriture et même un simple pagne pour la
célébration.
Une autre femme, vivant avec un handicap et hébergeant des déplacés chez elle, décrit une situation tout aussi difficile.
« J’ai accueilli beaucoup de déplacés venus de Luvungi et d’ailleurs. La fête des mamans approche, mais je ne sais pas comment la célébrer. Comment nourrir ceux qui vivent avec moi sans moyens ? Nous demandons de l’aide », plaide-t-elle.
Pour
d’autres encore, le retour récent de l’exil ne laisse aucune place à la
célébration.
« Je viens de rentrer après avoir été réfugiée. Tous nos biens ont été pillés. À cause de cela, la situation est très difficile », témoigne une autre femme.
À Uvira, la Journée internationale des droits des femmes 2026 s’inscrit donc dans un contexte où la célébration se transforme en moment de réflexion collective.
Entre la volonté des autorités locales de promouvoir le pardon et la réconciliation et la réalité quotidienne faite de précarité et de déplacements, les femmes d’Uvira continuent de faire preuve d’une résilience remarquable.
La symbolique du blanc adoptée cette année apparaît ainsi comme un message fort : un appel à la paix, mais aussi un cri adressé aux autorités et aux partenaires humanitaires pour que la femme d’Uvira ne soit plus seulement perçue comme une victime, mais devienne une priorité dans les actions de relèvement et de reconstruction sociale.
Article
réalisé dans le cadre du projet Habari Za Mahali, financé par La Benevolencija
Grands Lacs et mis en œuvre à Uvira par le consortium UNPC, COMEL RDC et UFMP.
La Rédaction
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